Condamnation de Marine Le Pen : « C'est une déchéance » de se déclarer candidate après un tel jugement
Dans une interview sur RTL Matin accordée à Olivier Boy, Raphaël Glucksmann réagit à la candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République malgré sa condamnation pour détournement de fonds. Il oppose la « règle Jospin », un ministre mis en examen démissionne, à ce qu'il nomme la « règle Le Pen » : tirer d'une condamnation la conclusion que l'on est apte à diriger le pays. Il qualifie cette démarche de « déchéance » et déplore que les commentaires médiatiques traitent l'événement sous l'angle du « destin personnel » plutôt que sous celui de l'intérêt national : « On est en train de discuter de notre pays, de l'avenir de la nation, de la République ». Il rappelle que Marine Le Pen a été « condamnée 2 fois pour détournement de fonds » et qu'« on n'a pas le droit de transformer le Parlement Européen en caisse noire d'un parti politique ». Sur la menace politique, il affirme être « prêt à se battre jusqu'au bout pour empêcher que la France bascule dans le camp des démagogues, des xénophobes, des poutinistes, des trumpistes ». Il appelle chaque citoyen à s'interroger sur le choix entre les régimes hostiles à la construction européenne et la défense des libertés, déclarant vouloir se battre « jusqu'à mon dernier souffle pour que la France soit à l'avant-garde du combat pour les libertés dans le monde ».
« Vous êtes condamnée pour détournement de fonds, pour des faits extrêmement graves, et vous en tirez comme conséquence que vous êtes apte à diriger le pays. Je pense que c'est une déchéance. »
Raphaël Glucksmann
Transcription verbatim
Raphaël Glucksmann Vous êtes condamnée pour détournement de fonds, pour des faits extrêmement graves, et vous en tirez comme conséquence que vous êtes apte à diriger le pays, que vous êtes candidate à la présidence de la République. Je pense que c'est une déchéance. J'ai l'âge de me souvenir de la règle Jospin. La règle Jospin, c'est: vous êtes mis en examen, vous êtes ministre, eh bien vous démissionnez. Et là, on a la règle Le Pen maintenant, c'est : vous êtes condamnée pour détournement de fonds, pour des faits extrêmement graves, et vous en tirez comme conséquence que vous êtes apte à diriger le pays. J'écoute les commentaires, sans doute je dois être vieux jeu, je le découvre. C'est, alors est-ce que Jordan Bardella va bien le prendre ? Quel retour, quelle ténacité, quelle histoire ? C'est commenté sous le prisme du destin personnel, mais en fait c'est le pays. On est en train de discuter de notre pays, de l'avenir de la nation, de la République. Elle a été condamnée 2 fois pour détournement de fonds. On n'a pas le droit, tout simplement, de transformer le Parlement Européen en caisse noire d'un parti politique, le Front National. Il y a une menace que réellement le Rassemblement National s'empare du pouvoir dans notre pays. Et c'est très dangereux. Je suis prêt à me battre jusqu'au bout pour empêcher que la France bascule dans le camp des démagogues, des xénophobes, des poutinistes, des trumpistes. Oui, il y a de la colère, mais ensuite il faut que chacune et chacun s'interroge. Est-ce que nous voulons que la France bascule dans le camp des régimes qui sont hostiles à la construction européenne et à la démocratie libérale ? Eh bien moi je vous dis non. Ce n'est pas cela le destin de la France et je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour que la France soit à l'avant-garde du combat pour les libertés dans le monde.
Raphaël Glucksmann en vidéo : Social
Déclarations de Raphaël Glucksmann sur la solidarité, la pauvreté et la protection sociale.
90 ans des congés payés : lancement du projet « Colos pour tous » au quartier du Grammont à Rouen
Dans une vidéo publiée par Place Publique à l'occasion des 90 ans des congés payés, Raphaël Glucksmann se rend au quartier du Grammont, quartier populaire de Rouen, pour présenter son projet « Colos pour tous ». Il inscrit cette visite dans l'héritage des conquêtes sociales de 1936, déclarant que cet anniversaire « c'est pas simplement une commémoration, c'est une exhortation à de nouvelles conquêtes sociales ». Sur le constat : il relève qu'il y a quarante ans, plus de quatre millions d'enfants partaient chaque année en colonie de vacances, contre moins d'un million aujourd'hui. Il dénonce la disparition de la mixité sociale dans les colonies, affirmant qu'« aujourd'hui, les enfants de bourgeois font des colos de ski, des colos de voile, des colos de tennis et c'est ça la masse des colonies de vacances ». Sur le dispositif proposé : il annonce la création d'un « passeport » permettant à chaque enfant, au cours de sa scolarité, de participer à une classe verte ou à une colonie de vacances. Le financement reposerait sur les collectivités locales, l'État et les comités d'entreprise. L'objectif affiché est de permettre aux enfants « de découvrir la collectivité et de sortir de leur environnement social immédiat ».
Transcription verbatim
Raphaël Glucksmann Aujourd'hui, c'est les 90 ans des congés payés, un moment fondateur pour la République, pour les travailleurs et les travailleuses. C'est pas simplement une commémoration, c'est une exhortation à de nouvelles conquêtes sociales, et notamment ce simple fait : les enfants français doivent pouvoir toutes et tous partir en vacances. C'est l'objet de notre visite au quartier du Grammont, quartier populaire de Rouen. On est venu ici pour défendre notre projet «Colos pour tous» qui permettra aux enfants des travailleurs et des travailleuses, eh bien, de partir en vacances et de renouer avec une tradition française qui était celle de de la mixité sociale par les vacances. Il y a 40 ans, il y avait 4 millions ou plus d'enfants français qui partaient chaque année en colonie de vacances. Aujourd'hui, c'est moins d'un million et la mixité sociale a largement disparu. En réalité, aujourd'hui, les enfants de bourgeois font des colos de ski, des colos de voile, des colos de tennis et c'est ça la masse des colonies de vacances. On doit rencontrer, quand on est enfant, des enfants de catégories sociales différentes. Il va y avoir un passeport qui permettra à chaque enfant, au cours de sa scolarité, de participer soit à une classe verte, soit à une colonie de vacances. Et donc un soutien qui est organisé par les collectivités locales, par l'État, par les comités d'entreprise pour relancer des colonies de vacances qui permettront à des enfants de découvrir la collectivité et de sortir de leur environnement social immédiat.
Retraites : abroger pour réformer sur la base de la justice sociale
Dans une interview sur France TV - C'est à vous, diffusée le 23 juin 2025, Raphaël Glucksmann expose sa position sur la réforme des retraites face à Anne-Élisabeth Lemoine et Patrick Cohen. Il affirme vouloir abroger la réforme en cours, tout en précisant qu'il ne s'agit pas de revenir au statu quo : « C'est pas juste revenir au statu quo ante. On sait que le système est menacé, qu'il faut qu'il y ait un équilibre, mais il faut qu'il y ait un équilibre qui soit basé sur la justice. » Il critique la focalisation du débat sur le seul âge légal de départ, estimant que l'enjeu central réside dans la prise en compte des inégalités de parcours professionnels. Il développe un raisonnement fondé sur la pénibilité et l'espérance de vie : les travailleurs ayant des carrières pénibles, dont l'espérance de vie à la retraite est plus courte, devraient pouvoir partir plus tôt, tandis qu'un cadre disposant d'une espérance de vie plus longue pourrait partir plus tard. Il conclut en définissant l'objectif d'une réforme alternative : préserver l'équilibre du système de retraites en plaçant la reconnaissance des inégalités de parcours au cœur du dispositif. Il déclare : « Ne pas faire de la reconnaissance des inégalités de parcours le cœur même de ce système, c'est finalement perpétuer l'injustice ». Il se montre prudent quant aux suites concrètes, évoquant le conclave en cours.
Transcription verbatim
Raphaël Glucksmann On explique noir sur blanc qu'on veut abroger cette réforme, c'est-à-dire proposer une autre réforme.
Anne-Élisabeth Lemoine Il faut tout revoir ?
Raphaël Glucksmann C'est pas juste revenir au statu quo ante. On sait que le système est menacé, qu'il faut qu'il y ait un équilibre, mais il faut qu'il y ait un équilibre qui soit basé sur la justice. Mais disons-le très clairement, le problème de ce débat depuis le début, c'est qu'il s'est focalisé de part et d'autre simplement sur l'âge légal. Or, en réalité, il faut que les gens qui ont des carrières pénibles pussent partir tôt à la retraite. Leur espérance de vie une fois à la retraite est d'ailleurs beaucoup plus courte que les autres. Par contre, quand vous êtes un cadre qui gagnez bien votre vie et qui avez une espérance de vie de 30 ou 40 ans après, vous pouvez partir plus tard. Et finalement, l'esprit de la réforme qu'on proposerait, attendez, enfin là on est dans la spéculation pure parce que peut-être que le conclave va déboucher sur quelque chose de concret.
Anne-Élisabeth Lemoine Oui, on reste très prudent.
Raphaël Glucksmann On l'espère. Et on l'espère, ce serait surtout une formidable nouvelle démocratique. Mais nous, ce qu'on veut proposer, c'est une réforme qui pense à l'équilibre de notre système, parce qu'on doit le préserver, en se basant sur l'idée de justice. En ne pas reconnaître ou ne pas faire de la reconnaissance des inégalités de parcours le cœur même de ce système, c'est finalement perpétuer l'injustice.