Raphaël Glucksmann Je suis pas un fan du chaos, vous savez, et je déteste les postures. Et je pense que d'ailleurs, dans la classe politique française, il y a bien trop de postures. Et que sans doute, certains leaders français devraient faire des stages au Parlement européen pour apprendre à construire des coalitions, à assumer des discussions, et ensuite à pouvoir produire des textes et des réformes.
Darius Rochebin Ça veut dire, pardon, dans la balance coûts-bénéfices, est-ce que vous pensez que ce gouvernement, avec ses qualités, ses défauts, comme vous voudrez, on a intérêt à ce qu'il reste jusqu'en mai 2027 ?
Raphaël Glucksmann Moi, ce que je pense, c'est qu'en 2027, il y aura les grands choix pour l'avenir, les grands choix pour la France. Mais que d'ici là, personne n'a la légitimité pour imposer une politique qui soit à la hauteur des événements
Darius Rochebin Mais c'est un moindre mal qu'il reste ?
Raphaël Glucksmann Et donc oui, il faut rechercher de la stabilité, mais la condition de la stabilité, c'est la négociation, c'est le fait que le gouvernement comprenne qu'il ne peut pas gouverner sans son opposition et que donc du coup...
Darius Rochebin Vous avez obtenu des choses, si vous vous le vendez, c'est pas pour rien en tout cas.
Raphaël Glucksmann Non mais on ne se vend pas
Darius Rochebin Vous soutenez, vous l'évitez de tomber.
Raphaël Glucksmann Mais parce que nous avons le souci de l'intérêt général, bien sûr qu'après on va se faire traiter de sociotraître, d'horreur absolue, de vendu, même par vous.
Darius Rochebin Je relaie les propos.
Raphaël Glucksmann Mais moi j'assume ce choix jusqu'au bout. Nous avons préféré l'intérêt général à une posture. Et la politique c'est pas juste une AG où chacun fait ses tweets et se complaît dans l'amour de sa propre pureté. C'est le souci de l'intérêt général qui nous a guidés de A à Z. Et personne n'a négocié des postes. Personne n'a négocié des voitures de fonction là. Ce qu'on a négocié, c'est le fait qu'il y avait certains points qui devaient changer dans la proposition du gouvernement. Et Monsieur Lecornu a eu l'intelligence de comprendre que s'il voulait passer en force, eh bien c'était le mur qu'il allait se prendre. Et donc finalement, là, ce qu'on a eu, c'est une sorte d'émergence chaotique. Franchement, c'était pas sexy à regarder, c'était terrible, c'était ridicule tout ça. Tout ce qu'on veut, c'est l'émergence d'une démocratie parlementaire. Et finalement, ça suppose, la démocratie parlementaire, que les députés se responsabilisent et qu'ils préfèrent l'intérêt général au vote de confiance.