Raphaël Glucksmann Tout le monde dit : «L'école est une priorité». Vous savez ce qu'on est en train de faire ? On est en train d'organiser une concurrence déloyale contre l'école de la République, l'école publique. Pourquoi? Parce qu'on subventionne l'école privée sans imposer la moindre conditionnalité sociale. Aujourd'hui, vous avez dans les collèges publics 43 % des enfants qui viennent de milieux défavorisés. Dans les collèges privés, c'est 18 %. Et la séparation entre les deux, la différence entre les deux ne cesse de s'accroître. Pourquoi ? Parce qu'avant, avant, Les parents, ils voulaient mettre leurs enfants dans une école privée parce qu'ils avaient une conviction religieuse, par exemple, c'était l'école catholique. Aujourd'hui, c'est pour échapper à l'école publique qu'on choisit le privé. Moi, je ne blâme pas les parents. Ce que je blâme, c'est l'absence de politique pour faire de l'école publique un lieu d'excellence, pour redresser cette école publique. Et pour faire cela, eh bien, il faut arrêter d'organiser la concurrence déloyale et donc imposer des conditionnalités, des conditionnalités de mixité sociale aux écoles privées qui reçoivent les subventions de l'État.
Apolline de Malherbe Est-ce qu'il faut supprimer carrément les écoles privées ? Certains le disent. J'avais reçu Manuel Bompard qui à un moment disait : «Je le ferai pas immédiatement, mais ça pourrait être un objectif».
Raphaël Glucksmann Non, c'est relancer la guerre scolaire, c'est fracturer à nouveau la société. Non, moi ce que je veux, c'est l'égalité de traitement. Ce que je veux, c'est qu'on arrête de maltraiter l'école publique. Ce que je veux, c'est qu'on arrête aussi d'avoir les professeurs, les enseignants les plus mal payés d'Europe. Vous vous rendez compte qu'aujourd'hui un enseignant français en primaire, eh bien, il est payé 17 % de moins que la moyenne de l'Union européenne et de l'OCDE, et qu'il est moins payé que son collègue slovène ou son collègue portugais en valeur absolue. On a décidé de dévaloriser le métier d'enseignant. On a décidé de dévaloriser l'école publique et le résultat de ça, c'est une crise énorme.