Raphaël Glucksmann Précisons : un Français juif n'a rien à voir avec Netanyahou. Jamais. Maintenant, il faut le dire, le répéter, et vraiment l'enterrer, parce qu'il y en a marre. Je veux dire, avec ce type de discours, à la fin, on se retrouve avec un père et ses enfants qui marchent dans la rue et qui se fait traiter de génocidaire juste parce qu'il a une kippa. Donc à un moment...
Ségolène Royal C'est contre ça que je plaide justement.
Raphaël Glucksmann Oui, mais justement, dans ce cas-là, il faut faire attention à ce qu'on dit, parce que c'est pas aux Juifs de dénoncer Netanyahou, c'est aux démocrates, c'est aux humanistes. Moi, je dénonce Netanyahou pas parce que j'ai des origines juives, je dénonce Netanyahou parce que je suis un humaniste qui est révolté par l'extrême droite, ce que fait Netanyahou, ce qu'il fait à Gaza, ce que fait Smotrich, ce que fait Ben-Gvir, ce que font ces bouchers à Gaza ou en Cisjordanie, où la colonisation en fait c'est juste de la purification ethnique. Donc moi ce que je pense, c'est qu'il faut agir, agir, agir. Et donc ça commence par quoi ? Oui, dénoncer l'accord d'association, mais on se bat au Parlement européen pour ça depuis des années. Et en réalité, ce qui s'est passé, c'est que, eh bien, si vous n'agissez pas, s'il n'y a pas de sanctions contre quelqu'un comme Netanyahou, il va aller de plus en plus loin. Et si on veut aider les voix dont tu parles, d'ailleurs à juste titre, les voix israéliennes qui sont opposées à Netanyahou, qui sont les voix pacifistes, qui sont les voix humanistes, il faut montrer qu'il y a un coût, qu'il y a un coût pour les politiques menées par Ben-Gvir et Netanyahou. Et le problème des Européens, c'est que jusqu'ici, ils n'ont pas montré qu'il y avait un coût. Il y avait des paroles et franchement, pas toujours à temps, et pas toujours assez fortes, mais il n'y avait pas de coût. Et en politique, si vous n'infligez pas un coût à celui qui commet un crime, ça veut dire qu'en fait vous finissez par l'accepter. Donc voilà, moi je pense que ça c'est extrêmement important. Mais j'aimerais vraiment revenir, il faut faire attention. Aujourd'hui on est dans une situation où le débat français est en permanence dans l'essentialisation. Et donc en tant que dirigeant politique, en tant que dirigeant républicain, fermement attaché à l'universalisme républicain, eh bien, on doit faire très attention dans les mots qu'on utilise.